Essai Vérité : Le nouveau MAN D30 sur notre parcours Occitanie
L’Occitanie, avec ses autoroutes, ses vallées sinueuses et ses reliefs exigeants, est devenue notre terrain de jeu pour tester les nouveaux camions du marché. Ce MAN 520 ch. est le second 40 tonnes à s’aligner sur un parcours qui se décompose en trois étapes. Équipé d’une cabine typée flotte, d’un moteur coupleux et d’une ergonomie soignée, ce camion promet du lourd. Verdict ? On embarque pour l’essai vérité dont Fabien Calvet a le secret.
Commençons par le tour du propriétaire
Avant de prendre la route, penchons-nous sur ce qui change dans cette dernière génération de MAN. De l’extérieur, soyons francs, pas grand-chose… et ce n’est pas nécessaire ! La cabine, au look moderne avec ses lignes dynamiques, en impose toujours.
À l’intérieur, même constat : peu d’évolutions, mais le TGX reste à mon sens l’un des plus réussis en matière d’habitabilité. Poste de conduite pensé pour le quotidien du chauffeur, matériaux nettement plus qualitatifs qu’autrefois, ambiance haut de gamme et réglages intuitifs : on sent l’implication du design. MAN a clairement voulu offrir un camion taillé pour la longue distance, sans avoir à rougir face à son cousin de chez Traton, le fameux Scania. Reste à voir maintenant si ce nouveau MAN tient ses promesses sur le bitume.
Étape 1 – Autoroute et agréables surprises
Sur l’autoroute, le camion m’impressionne. Le régulateur tient le cap sans à-coups, les reprises sont franches, les accélérations fluides. Facile de constater que la gestion du système de prédiction a été retravaillée. Mais le vrai changement, c’est la chaîne cinématique. Sous la cabine, notre TGX reçoit le nouveau moteur D30. Ici en version 520 ch, ce 6 cylindres de 12,7 litres est issu de la banque d’organes TraTon. Certains parlent d’un Scania Super rebadgé, mais MAN préfère évoquer un moteur « groupe » : je partage ce point de vue. Car en réalité, l’architecture rappelle davantage un D26 modernisé qu’un bloc Scania : 6 cylindres en ligne comme nous en avions l’habitude il y a de cela quelques années. Ici on retrouve une mono-culasse ainsi qu’une distribution arrière par train de pignons ce qui laisse entrevoir un vrai ADN de MAN. En revanche, l’injection XPi à 1 800 bars est de son côté bien typée Scania. Résultat : un moteur qui rassemble le meilleur du savoir-faire de l’alliance TraTon.
Et à l’usage ? Surprise agréable : le rendement est excellent. Le bruit est accrocheur, la puissance bien présente et surtout le couple optimum (2 650 Nm entre 900 et 1 350 tr/min) se montre disponible partout. Inutile de cravacher : le moteur pousse régulièrement, reprend bas dans les tours sans broncher et donne confiance.
Autre atout : la boîte TipMatic 14, en réalité il s’agit bel et bien de la 12+1 Overdrive de Scania. Face à la TraXon de ZF (désolé pour mes copains allemands) mais cette transmission est à mon sens plus agréable et plus réactive. La stratégie spécifique du MAN est bien calibrée : passages doux, longs régimes sur le couple, rétrogradages discrets.
Verdict de cette première étape : chargé à 40 tonnes, je termine à 20,8 l/100 km pour une vitesse commerciale de 78 km/h. Très bon départ.
Étape 2 – Villages et parcours sélectif
Direction Rodez par les départementales : ronds-points, faux-plats, petites côtes. Le camion reste toujours serein, jamais brutal, toujours souple. Il rétrograde au bon moment et gère les descentes avec précision.
Au village de Caylus, portion limitée à 50 km/h pour les poids lourds dans la descente, je préfère l’aborder à 40/45 tant le parcours est piégeux. Ici, la retenue moteur (CRB) couplée au ralentisseur hydraulique R4700 (Scania) fait merveille. Résultat : aucune sollicitation du frein principal malgré un terrain exigeant. Bluffant.
Caylus, deuxième effet Kiss Cool
À la sortie, c’est le juge de paix : l’ascension serrée. Je lance le camion à 50 km/h. Première épingle : je lève le pied. Courbe franchie à 38-40 km/h, la boîte descend un rapport. Pas d’indication au tableau de bord (un vrai défaut), mais le compte-tours m’oriente.
La stratégie est claire : un passage par la puissance, puis le retour dans la zone de couple maxi (1 200/1 300 tr/min). Vitesse réduite à 20 km/h dans les épingles, trajectoire élargie pour la semi… et le moteur ronronne, toujours en réserve, jamais à l’agonie, j’adore le tempérament de ce D30 !
Au volant, c’est net : pas de mollesse, pas de souffrance. Le 520 ch. grimpe avec un bon tempo. À l’arrivée, après 121 km avalés en moins de deux heures, la consommation s’établit à 34,8 l/100 km. Un chiffre élevé mais logique vu le terrain, et surtout notez que mon MAN vient de réaliser la meilleure conso relevée à ce jour sur ce secteur difficile.
Étape 3 – On se laisse glisser vers Albi puis Toulouse
Dernière partie : Nuce, Rodez, Albi puis Toulouse. Un mix de petites routes et de 4 voies modernes. Ici, je mesure l’efficience du système prédictif : anticipations parfaites, gestion impeccable des descentes, aucun excès de vitesse.
Côté mécanique, le pont moteur HY1344 (ratio 2,53) surprend par sa polyvalence. Court sur le papier, il est parfaitement compensé par le dernier rapport Overdrive de la transmission TipMatic. Petit rappel : Scania compte 12+1, MAN annonce 14, mais il s’agit portant du même produit. Finalement, la baisse de régime en croisière est bien là, et la consommation optimisée également d’autant que notre camion utilise l’EfficientRoll à merveille.
Résultat sur les 178 km : 23,9 l/100 km. De quoi faire chuter la moyenne générale du parcours.
Conclusion
Au terme de 354 km de mon itinéraire d’essai, mon MAN D30 en version 520 ch affiche une moyenne de 28,5 l/100 km. Résultat clair : ce camion est une réussite. Confortable, silencieux, efficace, techniquement solide, il respecte la promesse d’un camion pensé pour le conducteur, même dans les conditions exigeantes de l’Occitanie.
Seul regret : notre version « flotte » avec cabine intermédiaire GM. Pour un succès total, j’aurai personnellement opté pour la cabine GX qui offre à mon sens le plus de confort. Pour le reste, la correction de trajectoire et les nouveaux systèmes de sécurité, là encore le MAN tient le pavé, rien à dire le TGX est pour moi un des meilleurs camions du marché sur le segment des 500 chevaux. A partir de là tout est dit et franchement plus aucune raison de jalouser le griffon suédois : le lion a rugi, et sur notre parcours, il est roi.
Texte et photos : Fabien Calvet
Notre verdict :
- ✅ Très bien : les résultats de consommation
- ✅ Bien : la nouvelle chaîne cinématique
- ⚠️ Passable : la rétro vision caméra, qui demande un temps d’adaptation
- ❌ À revoir : juste prévoir la grande cabine GX pour devenir le roi !