Transpotec 2026 : bienvenue dans l’Italie du camion

Les mêmes grands constructeurs, les mêmes équipementiers, les mêmes préoccupations autour de la transition énergétique. Pourtant, il suffit de parcourir quelques allées du salon milanais pour comprendre que le transport routier italien possède une personnalité bien à lui. Camions plus chargés, carrosseries inédites, goût assumé pour les configurations spectaculaires et réglementation différente… TruckStop vous emmène de l’autre côté des Alpes pour découvrir un univers aussi proche que dépaysant.
Changer de pays… pour changer de regard

Voilà l’ADN de TruckStop, vous faire découvrir les nouveauté et surtout ce qui se passe en dehors de chez nous. Tous les deux ans, Milan devient pendant quelques jours la capitale italienne du transport routier. Un rendez-vous incontournable qui n’a évidemment pas les dimensions de l’IAA de Hanovre, mais qui possède une qualité devenue rare : il raconte la réalité du camion à l’italienne. Et c’est précisément ce qui nous intéresse chez TruckStop.
Après le RTX britannique et son ambiance de garden-party, direction cette fois l’Italie. Un autre pays voisin, une économie comparable à la nôtre… mais une vision du poids lourd parfois très différente. À peine franchies les portes du salon, le décor est planté. Oui, les grands constructeurs sont tous là et autre constat l’électrique commence ici aussi à pointer le bout de son nez. Pourtant, assez rapidement je constate des différences sur les configurations des camions.
Ici, les porteurs sont rois

Premier constat, en Italie, le porteur reste une véritable institution. Là où la France s’est largement tournée vers le tracteur semi-remorque, le marché italien conserve une forte tradition du camion-remorque et cette particularité influence directement les véhicules exposés.
Chez Scania, DAF, MAN, Renault Trucks ou Mercedes-Benz, les configurations chantier, bras de levage, bennes ou camions-remorques occupent une place bien plus importante que chez nous. Et surtout… les gabarits changent, les camions sont bodybuildés ! Les énormes porteurs bennes quatre essieux croisées sur les stands feraient tourner bien des têtes en France. La raison est simple : la réglementation italienne autorise des configurations impossibles chez nous avec par exemple 40 tonnes sur 4 essieux là où chez nous nous sommes bloqués à 32 tonnes sur la même configuration. Vici l’Europe comme dirait l’autre mais ceci est un autre débat. Résultat, les constructeurs développent des véhicules spécifiquement adaptés à ce marché et de fait, le camion italien possède ainsi sa propre identité.
Le royaume du sur-mesure

Autre surprise : les carrosseries. Impossible de parcourir Transpotec sans s’arrêter devant les réalisations des nombreux carrossiers italiens. Ici, chaque véhicule semble avoir été pensé pour une mission bien précise. Un porte-voitures Rolfo sur base DAF XD spécialement abaissé, des remorques céréalières capables de transporter aussi bien des palettes que du vrac à la sauce italienne, des ensembles porte-engins à cols de cygne amovibles, des citernes alimentaires entièrement polies comme des miroirs.
Les Italiens excellent depuis toujours dans la carrosserie spécialisée et cette culture du véhicule sur mesure se retrouve partout. Et elle constitue sans doute l’une des grandes richesses du salon.
Quand le style devient une signature

S’il existe un pays où le camion est aussi un objet de style, c’est bien l’Italie. Les visiteurs français remarqueront immédiatement un détail, l’inox est partout. A l’image de ce que nous avons déjà vu cette année lors du reportage sur Misano (retrouvez la vidéo sur notre application à télécharger gratuitement), pare-chocs polis, réservoirs brillants, barres lumineuses ici tout doit briller, et les accessoires chromés sont une religion. Les Italiens cultivent depuis longtemps cette esthétique très personnelle.
Si à Misano, lors du célèbre rassemblement camion, cette culture atteint son paroxysme, disons qu’ici à Milan, elle s’exprime de manière plus discrète, mais reste omniprésente. Un simple regard suffit parfois à reconnaître un camion italien.
Le diesel règne encore… mais l’électrique s’installe doucement

Contrairement à certains discours entendus ailleurs en Europe, Transpotec renvoie une image beaucoup plus nuancée de la transition énergétique. Oui, tous les constructeurs présentent désormais leur gamme électrique avec en tête de pont DAF Italie qui expose son XF Electric, élu Truck of the Year 2026. Renault Trucks met en avant son futur T électrique de longue distance alors Mercedes-Benz présente son eActros 600 qui en Italie aussi est un camion leader sur le secteur de l’électrique.
De son côté, le constructeur Allemand MAN a choisi Milan pour dévoiler en première mondiale son nouveau petit eTGM de distribution. Le dernier maillon qui manquait à la gamme électrique du constructeur bavarois.
Mais derrière cette vitrine technologique, la réalité italienne reste différente de celle de la France car ici les aides publiques sont beaucoup plus limitées. De fait, les volumes de vente demeurent faibles car le TCO n’est pas encore au rendez-vous. Le diesel continue donc d’occuper une place centrale et surtout, personne ici ne parle vraiment de remplacer une énergie par une autre. Le mot qui revient partout est celui de mix énergétique et vous savez au combien je suis raccord sur cette ligne de conduite. Gaz, HVO, électricité et hydrogène demain, chaque solution trouve progressivement sa place selon les usages. Une approche finalement assez pragmatique que nous partageons pleinement chez TruckStop.
L’innovation ne vient plus seulement des constructeurs

Ce qui frappe également en parcourant les halls… C’est le poids pris par les équipementiers. ZF expose ses nouvelles chaînes cinématiques électriques. Les fabricants de remorques travaillent l’aérodynamique. Les essieux de remorques deviennent générateurs d’énergie et sur ce sujet ce n’est que le début. Les panneaux photovoltaïques apparaissent sur les toits des semi-remorques frigorifiques. Les solutions destinées à réduire la consommation se multiplient. Elles ne révolutionneront peut-être pas immédiatement le transport routier mais elles montrent que l’innovation ne passe plus uniquement par le camion lui-même. L’écosystème entier évolue et ça c’est vraiment une bonne chose.
La Turquie monte discrètement en puissance
Autre enseignement de cette visite, l’arrivée progressive de nouveaux industriels.
De nombreux carrossiers italiens travaillent désormais avec des usines implantées en Turquie. Le principe est simple, le développement reste italien mais la fabrication est turque. Une façon de contenir les coûts tout en conservant le savoir-faire européen.
À côté des grands noms historiques apparaissent ainsi de nouvelles marques ambitieuses qui cherchent déjà des distributeurs en France. Le phénomène mérite d’être suivi de près.
Les Chinois ne sont plus très loin
Dernier point dont je n’ai pas encore parlé, la Chine. À Milan nous sommes encore loin de la démonstration de force du certains salons mais quoi qu’il en soit, même si les Chinois restent encore discrets ils sont pourtant présents. Quelques utilitaires Dongfeng suffisent à rappeler une réalité qui inquiète désormais toute l’industrie européenne. Comme dans l’automobile, les constructeurs chinois avancent pas à pas et le poids lourd semble aujourd’hui leur prochaine cible.
À l’approche de l’IAA de Hanovre, beaucoup s’attendent d’ailleurs à voir cette présence fortement s’accentuer. Un sujet qui pourrait rapidement devenir l’un des grands enjeux du secteur.
L’Europe… mais chacun à sa façon

En quittant Milan, une impression domine. Les camions européens se ressemblent de plus en plus sur un plan mécanique. Moteurs, cabines, technologies, chaînes cinématiques, réglementations environnementales, tout tend progressivement vers une certaine harmonisation. Et pourtant…Chaque pays conserve encore sa personnalité. La Grande-Bretagne possède ses traditions et bien l’Italie cultive ses carrosseries, ses porteurs et son goût du beau camion. Prochainement nous irons en Allemagne sur le salon IAA pour y découvrir bon nombre de nouveauté car vous allez voir les choses n’ont pas fini de bouger. L’IAA sera cette année une vitrine industrielle incroyable et accrochez-vous bien car vous allez en prendre plein les yeux. Nouveaux profils de cabines chez plusieurs constructeurs (Scania, Man…) mais également lancement de tout nouveau modèle, l’IAA 2026 va nous réserver quelques surprises. Restez connectés car chez TruckStop c’est aussi pour cela que l’on aime franchir les frontières, afin de vous faire découvrir en avant-première les dernières nouveautés.
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Texte et photos : Fabien Calvet
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