La renaissance d’un Scania 144 construit avec passion

Mécanicien poids lourd chez Volvo Trucks, il a consacré des milliers d’heures à redonner vie à un Scania 144 Topline de 1998.
Publié le 23 août 2026 par Alexis PERBET

Lars Kristensen un Danois de 26 ans incarne cette nouvelle génération adepte de la restauration de vieux camions. Mécanicien poids lourd chez Volvo Trucks, il a consacré des milliers d’heures à redonner vie à un Scania 144 Topline de 1998, devenu aujourd’hui l’un des plus beaux représentants du style old school de son pays. Une aventure entièrement financée de sa poche, où chaque détail raconte une histoire.

Une passion née dans l’entreprise familiale

Originaire du Danemark, Lars Kristensen, a grandi au milieu des poids lourds. Son père dirige sa propre entreprise de transport spécialisée dans la collecte et le négoce de ferraille, de métaux et de matériaux recyclables. Très jeune, il l’accompagne régulièrement sur les routes et découvre un univers qui ne le quittera plus.

Pourtant, Lars ne choisit pas immédiatement la conduite. À 18 ans, il obtient son permis poids lourd, mais s’oriente vers la mécanique en intégrant le Volvo Truck Center. Depuis maintenant près de dix ans Lars y bosse comme mécanicien poids lourd. Sur ces heures de repos Il lui arrive malgré tout de prendre le volant pour donner un coup de main à son père, notamment sur des ensembles équipés de bennes à chaînes et de grues.

Le rêve d’un Scania Topline

À seulement 19 ans, en 2019, Lars achète son tout premier camion : un Scania 144 Topline de 1998. Le choix n’était pas totalement prémédité, mais ce modèle l’a toujours fasciné. À sa sortie, le Topline représentait une véritable révolution grâce à sa cabine particulièrement spacieuse et à son célèbre couchage installé au-dessus du pare-brise, une configuration devenue emblématique chez Scania. Au-delà de la cabine, le mécanicien ne pouvait pas rester insensible au fameux son caractéristique du V8 Scania des années 90. Le camion est acheté pour environ 4 000 euros et soyons clairs, à ce prix-là, il ne faut pas s’attendre à un véhicule prêt à prendre la route. La cabine est fatiguée, la peinture entièrement à refaire et une restauration complète s’impose. En revanche, le moteur démarre parfaitement et le camion peut encore rouler : une excellente base pour débuter un projet de grande ampleur.

Un Scania devenu unique

Aujourd’hui, Lars estime que son camion est devenu unique à plusieurs titres. D’abord parce qu’il s’agit d’un véritable Scania 144 d’origine danoise, devenu extrêmement rare dans le pays. Ensuite grâce à sa configuration peu commune avec un double bogie associé à un empattement long de 3 100 mm, une combinaison que l’on rencontre très rarement. Enfin, toute la préparation a été pensée dans les moindres détails. Chaque élément a été ajusté avec précision, parfois au millimètre près, afin d’obtenir un ensemble parfaitement harmonieux.

Un premier voyage inoubliable… à 135 km/h

Le souvenir le plus marquant remonte au jour même de l’achat. À 19 ans, accompagné d’un ami qui connaissait l’ancien propriétaire, Lars part récupérer son nouveau camion. Très vite, ils découvrent que le fusible du tachygraphe a grillé à cause d’un défaut sur le calculateur de la suspension pneumatique. Conséquence inattendue : le limiteur de vitesse ne fonctionne plus. Sur le trajet du retour, ils verront ainsi l’aiguille grimper jusqu’à 135 km/h. Un souvenir qu’il n’est pas près d’oublier mais qu’il ne faut bien évidement pas reproduire ! Aujourd’hui, le Scania ne roule plus que pour le plaisir. Lars parcourt environ 1 000 à 2 000 kilomètres par an, essentiellement lors de sorties et de rassemblements.

Plus de mille heures de travail

Construire ce camion était un rêve de longue date mais au départ, Lars ne savait pas exactement à quoi il ressemblerait une fois terminé. Les idées sont venues progressivement au fil de la restauration. Certaines semblaient irréalisables au début, mais presque toutes ont finalement vu le jour, dans la limite du budget disponible. Car une chose est importante pour lui : tout le projet a été financé sans emprunt. Chaque amélioration a été réalisée au fur et à mesure de ses économies.

Sur le plan mécanique, rien n’a été laissé au hasard. Avant même de penser à l’esthétique, Lars voulait un camion irréprochable techniquement. La transformation la plus spectaculaire concerne sans doute la ligne d’échappement. Entièrement reconstruite en acier inoxydable, elle développe près de sept mètres de longueur sous le châssis, offrant au V8 une sonorité profonde et agréable, sans tomber dans l’excès.

Au total, Lars estime que lui et son meilleur ami ont consacré plus de 1 000 heures de travail au camion. Le coût exact de la restauration ? Impossible à chiffrer et comme dit Lars :« Je préfère ne pas savoir… », plaisante-t-il.

Une restauration réalisée presque entièrement à la maison

Ce projet a une autre particularité : quasiment tout a été réalisé par Lars lui-même. Son ami est intervenu principalement sur les travaux de soudure, mais l’ensemble de la restauration est le fruit de leur travail. Avant le premier Truck Show, ils ont même travaillé trois jours et trois nuits sans dormir afin que le camion soit prêt à temps. Une véritable course contre la montre.

Un intérieur fidèle à l’esprit des années 90

L’intérieur a lui aussi été entièrement repensé. Lars a commencé par récupérer une cabine provenant d’un autre véhicule avant de la démonter, la nettoyer puis la réinstaller sur son Scania. Un nouveau plancher a été fabriqué, des supports de sièges spécifiques ont été réalisés et des rangements supérieurs intégrant un réfrigérateur ont été installés. Pour parfaire l’ensemble, il est allé jusqu’aux Pays-Bas afin d’acheter les très recherchés sièges d’origine King of the Road, devenus quasiment introuvables aujourd’hui.

Contrairement à beaucoup de restaurations, Lars n’a pas cherché à masquer totalement les traces du temps. La cabine présente encore une légère patine, assumée, qui rappelle qu’il s’agit avant tout d’un camion de près de trente ans. Côté audio, l’installation reste entièrement d’origine, même si un système plus performant est prévu dans les années à venir.

Les détails qui font toute la différence

S’il fallait retenir un seul détail intérieur, Lars évoquerait sans hésiter son ancien téléphone Nokia imitation bois. Un clin d’œil amusant aux années 90 qui s’intègre parfaitement à l’ambiance du camion. À l’extérieur, les détails sont tout aussi nombreux. Le bouchon de réservoir est parfaitement intégré dans la tôle, le logo Scania arrière a été soigneusement repositionné, les extrémités des jupes latérales ont été entièrement fermées et les feux latéraux ainsi que les feux de gabarit ont été discrètement encastrés afin d’obtenir une ligne plus fluide. Autant de modifications que beaucoup ne remarqueront pas immédiatement, mais qui participent à l’élégance générale du véhicule.

Le style avant les artifices

Pour Lars, le tuning camion ne consiste pas à accumuler les accessoires. Ce qui compte avant tout, c’est de créer quelque chose de personnel. Selon lui, un beau camion n’a pas forcément besoin d’une peinture hors de prix ou d’une multitude de projecteurs. L’essentiel réside dans la cohérence du projet, dans le choix des couleurs et dans tous ces petits détails auxquels peu de personnes prêtent attention. C’est cette recherche de l’équilibre qui fait toute la différence.

Une fierté construite de ses propres mains

Les réactions sont très positives partout où le camion se déplace. Beaucoup de personnes sont impressionnées d’apprendre que Lars a lui-même construit son Scania. Et c’est précisément ce dont il est le plus fier. Le camion n’a pas remporté de concours, la concurrence est particulièrement relevée au Danemark, mais cela n’a finalement que peu d’importance à ses yeux. « Beaucoup possèdent des camions magnifiques, mais certains les ont achetés déjà terminés. Moi, je suis fier de pouvoir dire que je l’ai construit moi-même… et qu’il est entièrement payé. »

Des projets plein la tête

Même si le Scania est déjà très abouti, Lars ne considère pas son projet comme terminé. Plusieurs évolutions sont prévues dans les prochaines années : une nouvelle rampe de toit, des trompes, une enseigne lumineuse ainsi que des projecteurs supplémentaires. Il aimerait également faire repeindre entièrement la cabine, à condition de trouver le carrossier capable de réaliser le travail exactement comme il l’imagine. Autre rêve : construire une remorque parfaitement assortie au tracteur, peut-être une citerne ou une petite remorque porte-engins.

Après une deuxième participation au Truck Show d’Himmerland, Lars ne prévoit pas d’autres grands rassemblements cette année, si ce n’est peut-être un événement de tractor pulling au mois d’août. Une chose est certaine : ce Scania 144 continuera encore longtemps d’évoluer, au rythme des idées et de la passion de son propriétaire, preuve que cette passion de la restauration n’a jamais de limite. Chez TruckStop nous validons à 100% le fait que nos jeunes ont du talent et qu’ici encore nous avons la preuve que le passé n’est pas prêt à être effacé, bien au contraire la transmission reste une valeur essentielle de notre patrimoine !

Texte et Photos : AP Trade Vision

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