La passion en famille !
Avec ce nouveau sujet, Alexis nous tire le portrait d’une famille de passionnés. Cyril, son épouse Stéphanie et leur fille Mélanie nous présentent un projet un peu fou. D’un rêve de gamin du papa nos trois compères nous plongent dans l’univers des belles mécaniques et surtout des belles histoire. Gros plan sur un 143 qui ne passe pas inaperçu !
Un parcours atypique
Installé à Montélimar, Cyril Guigon est tombé dans le monde du transport bien avant de prendre lui-même le volant. « Mon grand-père et mon père étaient tous les deux routiers. Ils m’ont toujours emmené avec eux dans les camions dès mon plus jeune âge. » Une passion familiale qui ne l’a jamais quitté. Après avoir obtenu ses permis poids lourds durant son service militaire, entre 18 et 19 ans, il débute sa carrière en messagerie chez Mazet avant de rejoindre les Transports Mercier à Malataverne.
Parallèlement, il décroche un CAP de mécanique poids lourds ainsi que son attestation de capacité à l’AFT-IFTIM de Valence. En 2004, il franchit un cap en créant sa propre entreprise spécialisée dans le transport de bois et les travaux publics. À son apogée, l’entreprise compte jusqu’à six conducteurs effectuant des rotations vers l’Italie. Lui-même roule alors en camion-remorque grumier avec un Scania 620 V8 décoré, symbole de sa passion pour les belles mécaniques. « Même quand on est fatigué le matin, du moment qu’on démarre un camion, ça redonne la forme. Surtout un V8. »
Du circuit à la route : l’appel du camion décoré
Entre 2007 et 2014, Cyril participe également aux courses de camions, d’abord au volant d’un Renault Premium puis d’un MAN lors de sa dernière saison. Une expérience qui renforce encore davantage son attachement au monde du poids lourd. Même lorsque l’activité évolue après la crise du Covid, avec un recentrage de son entreprise sur les travaux publics, la passion reste intacte. Une passion qui l’accompagne depuis toujours et qui trouve aujourd’hui son expression la plus aboutie dans un projet hors du commun : la restauration complète d’un Scania 143 Streamline.
Le rêve d’un adolescent devenu réalité
Avant ce 143, Cyril a possédé plusieurs Scania, dont un superbe Série 4 Topline 164 480 ch décoré. Pourtant, un seul modèle continuait de le faire rêver. « Quand le 143 Streamline est sorti, j’avais 16 ans. Je le regardais comme un enfant. J’ai toujours aimé les anciens véhicules. »
Cette passion pour les mécaniques d’époque ne se limite d’ailleurs pas aux camions. Amateur de motos anciennes, collectionneur de mobylettes et propriétaire d’une Peugeot 205 Rallye restaurée, Cyril nourrit un véritable attachement au patrimoine roulant. En 2020, l’opportunité se présente enfin. Il rachète un Scania 143 Streamline abandonné depuis des années. « Il était dans les ronces. Certainement pas dans l’état où il est aujourd’hui. »
Huit euros qui ont changé l’histoire
La restauration du 143 n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Comme beaucoup de projets de cette ampleur, elle est jalonnée de moments de doute. « Je tournais autour du camion sans savoir si j’allais continuer. »
C’est alors qu’un phénomène étrange se produit. À plusieurs reprises, lorsqu’il découpe des pièces ou travaille sur la structure du camion, des pièces de deux euros tombent mystérieusement de la cabine. « À chaque fois que j’avais envie d’abandonner, le 143 me donnait des pièces. Aujourd’hui, j’en ai environ huit euros dans une boîte sur mon établi. »
Pour Cyril, le message est évident. « J’ai toujours eu l’impression qu’il me disait : continue, ne baisse pas les bras. » Une autre preuve du soutien indéfectible de son entourage arrive le 15 août. Alors que le couple devait partir en vacances, son épouse prend une décision inattendue. « Elle m’a dit : on ne part pas cette année, je veux que tu mettes un gros coup de collier sur le 143 pour avancer. » Un geste qui résume parfaitement l’investissement familial derrière ce projet.
Une restauration presque intégralement réalisée à la maison
L’identité du camion repose sur un style résolument old school, fidèle à l’esprit des années 90 tout en bénéficiant d’une restauration moderne et méticuleuse. Le chantier a mobilisé plusieurs professionnels reconnus. L’intérieur, totalement détruit à l’origine, a été confié à Valentin et Amandine de l’Atelier Garcia à Gap. À l’extérieur, le portrait arrière a été réalisé par Thierry Gremillet à Valence, tandis que toute la peinture cabine, carénages et tôlerie a été confiée à Adrien, de la carrosserie Vince’s dans le Tarn. La préparation de certaines pièces de tôlerie a été assurée par Garrel Transport Equipement dans le 38. Mais une grande partie du travail porte également la signature de Cyril lui-même. Peinture du châssis, moteur, traitement du dessous de cabine, caches-culbuteurs rouge cuits au four, adaptation d’une traverse arrière de Série 4, mécanique complète… Des centaines d’heures ont été consacrées à remettre le camion dans un état exceptionnel.
Même le réseau Scania local a participé à l’aventure. « Le camion est resté trois semaines chez Scania Montélimar pour certaines opérations mécaniques. Ce sont des amis et ils m’ont énormément aidé. »
Un intérieur à la hauteur de la légende
Aujourd’hui, le 143 affiche un intérieur entièrement repensé. Capitonnage complet, plancher plat, couchette sur mesure, éclairage d’ambiance et deux sièges baquets noirs importés d’Allemagne composent un univers unique. Même si, comme le souligne Cyril avec humour, ces sièges ne font pas totalement l’unanimité à la maison. « Ils ne plaisent pas trop à ma femme, alors je recherche peut-être deux sièges de Série 4. » Le camion dispose également d’une installation audio discrète réalisée par l’Atelier Garcia. Parmi tous les détails présents sur le véhicule, un élément tient particulièrement à cœur à son propriétaire : le nom du projet.
SUPER LEGEND.
Cette inscription apparaît gravée dans la couchette, illuminée en rouge, mais également peinte au pochoir sur les bas de portes. Un clin d’œil à l’histoire du camion et à sa renaissance.
Une vitrine du métier
Pour Cyril, le camion décoré ne se résume pas à une passion personnelle. C’est également une manière de représenter son métier et son entreprise. « Ce n’est pas parce qu’un camion est ancien qu’il ne peut pas être beau. Ce qui compte, c’est qu’il soit propre et entretenu. » Selon lui, la personnalisation participe à valoriser l’image du transport routier et à susciter des vocations. « Ça donne envie aux jeunes de rouler. » Sur les chantiers, chez les clients ou lors des rassemblements, les réactions sont unanimes. Tout le monde est impressionné par l’état du camion. Même si cela a parfois un petit inconvénient. « Le problème, c’est que tout le monde met les mains dessus et après j’ai plein de traces ! » plaisante-t-il.
L’aventure continue
Malgré l’ampleur du travail déjà accompli, le projet n’est pas totalement terminé. Une antenne CB, un projecteur arrière pour mettre en valeur le portrait ainsi qu’un réfrigérateur dans le coffre figurent encore sur la liste des évolutions à venir. Côté événements, le Scania 143 devrait être visible cette saison à Nogaro, Chamrousse et probablement Albi. Cyril espère également décrocher sa sélection pour le Grand Prix Camions du Mans.
Mais son rêve ultime reste ailleurs. « J’aimerais aller en Hollande avec tous les copains qui possèdent un 143. » Une destination symbolique pour un camion devenu bien plus qu’un simple véhicule : le témoin roulant d’une passion transmise de génération en génération, et la preuve qu’avec suffisamment de détermination, même les légendes oubliées peuvent reprendre la route.
Texte et photos : AP Trade Vision