SANY e435 : la seconde génération franchit clairement un cap !
Le prochain BYD du camion ?
Il y a de cela quelques mois, nous prenions le volant d’un des premier camion SANY distribué en France. Pour rappel, nous avions réalisé un test grandeur nature chez les Bétons Garrouste, dans la région toulousaine. Cette fois, changement de décor : c’est en Allemagne que le jury de l’International Truck of the Year s’est réuni pour en savoir plus sur ce véhicule de seconde génération, loin d’être anecdotique.
Au premier coup d’œil une fois sur place facile de se rendre compte qu’il s’agit bel et bien d’un nouveau camion. Nouvelle cabine au lignes assez futuriste, suppression des batteries en dos cabine, il faut découvrir ce camion de plus près. Notez au passage, que c’est la première fois, qu’un camion issu de la production chinoise figure sur la liste de nominés au prix International Truck of the Year 2026.
SANY : retour sur un acteur devenu incontournable
Avant de passer au volant de ce camion encore peu connu, un petit point s’impose pour ceux qui n’auraient pas lu notre premier sujet. En Europe, SANY Heavy Industries s’est fait remarquer dès 2012 avec le rachat du groupe allemand historique Putzmeister. Une acquisition qui propulse d’un coup SANY au rang de premier fabricant mondial de pompes à béton. Fait notable : le CEO de Putzmeister est l’Autrichien Christoph Kaml. Un choix loin d’être un hasard, puisque Kaml est issu de Palfinger, entreprise dans laquelle SANY a détenu une participation de 2013 à 2021.
“SANY est le plus grand constructeur chinois de machines de chantier et déjà numéro 3 mondial. En 2019, nous avons présenté le premier camion, le e410 eMixer. Les énergies éolienne, solaire et hydrogène complètent notre portefeuille“, explique Christoph Kaml, pour résumer les activités de ce groupe affichant 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires. En 2023, SANY introduit en Europe la première génération de son châssis électrique 8x4 — celui-là même que nous avions essayé chez Garrouste. Lors de notre entretien, Christoph nous rappelle un détail : “À l’échelle mondiale, SANY est de loin numéro 1 des camions électriques, avec plus de 30 000 véhicules actifs en exploitation quotidienne. “
Et ce n’est qu’un début : la nouvelle usine SANY de Changsha (Chine) est dimensionnée pour produire 300 000 camions par an alors on se doute bien qu’un certain nombre va prendre la direction de l’Europe.
Le SANY e435 : un 8x4 de chantier qui change de dimension
Nous l’avions entrevu lors de notre visite à la Bauma 2025, mais une fois face au SANY e435, on découvre d’abord un camion de chantier moderne : châssis 8x4, cadre surélevé, ailes robustes, un vrai quatre-essieux classique pour malaxeur, benne ou bras ampliroll. Au premier coup d’œil, comme évoqué dans l’intro, un détail saute pourtant aux yeux : la cabine n’est plus la même que sur la première génération. La différence entre les deux modèles est nette. Là où la première version pouvait paraître spartiate comme on peut le constater dans notre première vidéo sur truckstop.fr, ici le e435 passe clairement dans une autre catégorie. La cabine a été entièrement revue : plus d’espace, sièges confortables, suspension pneumatique, instrumentation numérique avec grand écran central, chauffage du volant et des sièges, réfrigérateur, plancher presque plat avec un léger tunnel moteur. Si la génération 1 pouvait s’apparenter à un prototype, le e435 affiche une réalité évidente : nous sommes face à un camion de production de masse, et la finition le démontre.
Une dénomination claire
Pourquoi e435 ? La logique est simple : e pour électrique, 4 pour quatre essieux, et 35 pour 350 kWh. L’époque des appellations faisant référence à la puissance en chevaux sur les portières semble désormais bien loin.
Au cœur du châssis, on retrouve un moteur synchrone à aimants permanents, développant 270 kW en nominal et 405 kW en puissance maximale, associé à une boîte automatique à 4 rapports. Selon les données de développement, la consommation typique en usage chantier se situe entre 1,1 et 1,3 kWh/km, même en conditions tout-terrain. De toute façon, pour un camion malaxeur, le kilométrage reste secondaire.
Au volant près de Stuttgart : un vrai bond en avant
Lors de l’essai près de Stuttgart, le e435 démontre rapidement l’intérêt de son entraînement électrique central un concept identique à celui du eArocs de chez Mercedes. Ici pour cette prise en main avec une cuve Putzmeister iOntron partiellement chargée en eau, le camion démarre de façon fluide et régulière.
Sur notre vidéo, vous comprendrez vite que, par rapport à notre premier essai, nous sommes bien dans un véhicule de seconde génération, même si les bases techniques restent proches. La boîte automatique à 4 rapports est en net progrès et l’intégration des commandes n’ont plus rien à voir avec celle de l’Allison de la génération 1 ! Au fil de l’évolution j’apprécie clairement le changement mais je dois aussi admettre que nous ne sommes pas encore totalement au niveau de certains concurrents européens tel Renault, Volvo ou Benz que j’ai eu l’occasion d’essayer dans des conditions similaires. Quoi qu’il en soit, le e435 s’en sort bien et le confort même en off-road n’a plus rien à voir avec la première prise en main effectué en région Toulousaine. De manière générale, le constat est clair : SANY a fortement progressé, même si quelques détails restent légèrement en retrait face aux références du marché. Concernant l’évolution en zone chantier et la souplesse du châssis et élément apparait primordial pour moi. La suspension pneumatique arrière optionnelle change totalement la donne sur le confort alors un conseil, n’oubliez pas de cocher la croix si vous commandez un tel camion. Franchement l’ancien modèle et sa suspension Hendrickson est une vraie punition pour votre dos. Une fois la carrière quittée, sur route, le camion se rapproche franchement des standards du marché. L’électricité reste pour moi un mystère, mais en termes de fluidité de conduite et de puissance, difficile de faire mieux. Sur ce terrain, notre Sany n’a rien à envier à la concurrence.
Sécurité : un équipement au niveau des dernières normes
Côté sécurité, le e435 affiche une dotation digne des camions longue distance modernes : EBS, ESC, ISA, aide au maintien de voie, détection d’angle mort, alerte fatigue, détection piétons et cyclistes, caméra de recul, système 360°… Une liste cohérente avec la réglementation GSR-2.
Une base déjà éprouvée sur le terrain
Le e435 s’appuie sur une solide expérience terrain. Depuis 2022, 150 châssis électriques 8x4 équipés de malaxeurs Putzmeister circulent déjà en Europe dans plus de 15 pays, soit un total 8,5 millions de kilomètres parcourus. De quoi avoir de bons retours d’expérience et toujours dans les chiffres cela représente tout de même 330 000 interventions chantier et 2,31 millions de m³ de béton transportés (janvier 2023 – mars 2025). SANY communique également des chiffres d’exploitation : la moyenne journalière est de 129 km, avec une distance typique de 14,5 km jusqu’au chantier. La recharge se fait majoritairement de nuit au dépôt, à 40 kW pendant environ 7 heures. Amusant : c’est exactement ce que nous avions constaté lors de notre essai terrain chez Garrouste.
Recharge « Dual Gun » : un vrai avantage en série
La batterie LFP de 350 kWh, fournie par CATL, fonctionne sur une architecture 600 volts. Pour rappel, CATL est le plus grand fabricant de batteries au monde, et la technologie LFP est également utilisée par Daimler et d’autres Européens, un choix technique parlant. Toujours au chapitre batterie qui reste le pilier des véhicules électriques, notez qu’ici vous pourrez utiliser Jusqu’à 95 % de la capacité (332 kWh). En dessous de 7 % de charge, l’eMixer conserve suffisamment d’énergie pour faire tourner la cuve en cas d’urgence : un point crucial sur chantier.
Autre particularité intéressante : contrairement à certains concurrents où c’est optionnel, le e435 propose de série deux prises CCS de chaque côté. Elles peuvent être utilisées : individuellement jusqu’à 250 kW ou simultanément en « Dual Gun Charging » avec deux bornes (par exemple deux chargeurs de 125 kW). Dans ce cas, le passage de 20 à 100 % de charge prend environ 70 minutes mais soyons clair sur ce type d’utilisation nous sommes plus souvent sur une charge lente de nuit afin de bénéficier du meilleur tarif de l’énergie.
Et pour la distribution et l’entretien de ces camions on fait comment ?
En Europe, le e435 est commercialisé sous le label « SANY eTrucks supported by Putzmeister ». Putzmeister apporte son expertise historique et un réseau solide : 8 sites de production, 16 filiales et une logistique “pièces“ performante avec plus de 95 % de disponibilité, ainsi qu’une livraison de nuit pour toute commande passée avant 15h30. “Avec SANY eTrucks, nous voulons façonner activement la transformation de la logistique de chantier et accompagner nos clients de la première consultation jusqu’au service sur toute la durée de vie du véhicule. “ affirme Christoph Kaml, CEO Putzmeister.
Côté après-vente, le service repose sur le réseau Alltrucks : 700 ateliers en Europe, assistance dépannage 24/7, accès centralisé aux pièces. Alltrucks assure le service eChâssis, épaulé par des concessionnaires Putzmeister sélectionnés. Les interventions haute tension et batteries sont prises en charge par des spécialistes CATL, les fameux « Flying Doctors », un service itinérant déjà bien connu dans l’univers du BTP.
Le TCO, arme majeure face à la concurrence
Parlons du prix, car c’est souvent là que les constructeurs chinois font la différence. Comme lors de notre premier essai, SANY positionne clairement le e435 sur la rentabilité globale avec un prix d’entrée compétitif. Objectif affiché : un TCO inférieur à celui d’un diesel équivalent sur l’ensemble du cycle de vie, avec un tarif de vente très agressif face aux gammes électriques concurrentes.
Déjà la suite : e365 et e263 dans les tuyaux
Avec le e435, le programme européen ne fait que commencer. Deux nouveaux modèles sont annoncés très prochainement. Le SANY e365, un châssis 6x2 destiné à la distribution, aux municipalités et aux grues, positionné entre chantier lourd et usage routier et surtout le SANY e263, un tracteur qui devrait faire parler du lui. Ce tracteur sera lui aussi équipé des batteries LFP de chez CATL. Il affiche des chiffres impressionnants qui n’est pas sans nous rappeler certains concurrents. Avec 636 kWh de capacité de batteries, une architecture 800 volts, une double motorisation électrique (jusqu’à 730 kW en pointe), un PTRA jusqu’à 44 tonnes, une suspension pneumatique intégrale et surtout une recharge DC à 400 kW, vous pouvez déjà voir qui est dans la ligne de mire ! Vous voyez de qui je parle ? Ne cherchez pas trop loin la réponse est assez facile mais une chose semble claire, le e263 va avoir de quoi aller chasser sur les terres de la concurrence européenne avec des tarifs qui risquent de changer la donne !
Conclusion : un vrai bond en avant, et une candidature crédible
Pour résumer cet essai, une chose est sûre : la génération 2 de ce 8x4 de chantier a clairement passé un cap. Confort, agrément de conduite, fluidité… le e435 n’a plus grand-chose à voir avec la première génération. Sur le plan tarifaire, SANY garde le cap avec des offres qui pourraient bien faire trembler la concurrence sur le segment de l’électrique.
Avec sa nouvelle gamme, SANY est en train de passer du statut de pionnier du eMixer à celui d’un constructeur proposant un portefeuille complet de camions électriques pour l’Europe, du chantier au transport régional et, bientôt, au long-courrier. Si la prochaine génération progresse autant que la Gen 2 face au premier modèle introduit en Europe, il y a fort à parier que ces modèles figureront à nouveau dans les prochaines années parmi les candidats à l’International Truck of the Year. Affaire à suivre…
Texte et photos : Fabien Calvet